Les difficultés d’approvisionnement rencontrées lors de la crise de la Covid-19 ont rappelé l’importance cruciale de la filière logistique pour l’ensemble de l’économie française. Nous poursuivons notre dossier sur l’emploi en logistique.

Au sommaire de notre dossier :

Cet article fait suite à la partie 1 : « Recrutement et marque employeur en logistique« .

Gestion et développement des talents

Vers une logistique plus inclusive : des profils nécessairement plus diversifiés

Dans une logique de pérennisation de leurs équipes, les entreprises ont davantage tendance à privilégier les recrutements en interne pour leur filière logistique. Un profil interne issu de la Finance ou des Systèmes d’Informations est tout à fait en mesure de prétendre à un poste de S&OP (Sales & Operations Planning), à condition qu’il présente une appétence pour l’opérationnel ou qu’il justifie d’une première expérience au sein d’une filière de distribution.

Les candidatures externes reçues par les entreprises sont majoritairement constituées de profils très opérationnels d’un côté, et de l’autre de jeunes diplômés d’écoles de commerce ou d’ingénieur, sans nécessairement de spécialisation en Supply Chain (Bac+4/5). La diversité des profils en termes de spécialités de formation constitue l’une des caractéristiques du secteur de la logistique.

La diversification des recrutements est une condition indispensable à la constitution d’un vivier plus riche de professionnels et à l’intégration de nouvelles compétences dans la filière. Globalement, les entreprises recherchent des profils de plus en plus diplômés, idéalement avec une première expérience sur le terrain, capables d’intervenir sur l’amont et l’aval des processus logistiques (approvisionnement, distribution, gestion des stocks) puis de progressivement combiner leurs compétences techniques et opérationnelles à des fonctions de management.
Dans un contexte de transformations rapides de la filière rendant les compétences techniques rapidement obsolètes, les profils polyvalents sont désormais privilégiés. Si les différents domaines d’activité des entreprises requièrent toujours certaines compétences spécifiques, comme la connaissance des réglementations pour le secteur pharmaceutique, les meilleurs candidats aux postes de Chefs de projets Supply Chain ne sont plus des experts. Dotés d’une dimension internationale, les bons profils démontrent des compétences en data science, manipulent des outils statistiques, disposent d’une solide culture logistique, et, surtout, possèdent une aptitude forte à la gestion du changement, inhérente au secteur.

L’acquisition de “soft skills”, levier de performance durable pour la filière logistique

Au-delà des compétences techniques et analytiques, les compétences comportementales prennent une importance majeure au sein de la filière logistique. Ces nouvelles exigences s’adressent en premier lieu aux salariés occupant déjà des fonctions managériales, auxquels il est désormais demandé de savoir faire preuve de réactivité et de sang-froid en période de crise, de se montrer agile et facilement adaptable aux changements, ou encore de réussir à fédérer des équipes et des écosystèmes divers pour atteindre les objectifs prédéfinis.

70% des acteurs de la Supply Chain affirment que la montée en compétences est une priorité du secteur. Seuls 47,5 % considèrent avoir les moyens d’intégrer et de développer au sein de leurs équipes davantage de soft skills, contre 73 % pour les hard skills.

Panorama 2020-2021 Ressources Humaines en Supply Chain, ASLOG

Les missions de prévision de ventes et de planification de la Supply Chain nécessitent de plus en plus de qualités comportementales telles que l’empathie, le sens du collectif, l’audace ou encore la créativité. Les équipes logistiques sont de plus en plus souvent amenées à collaborer avec les équipes de ventes, de finance ou encore de marketing. La Supply Chain a désormais besoin de leaders capables de créer des scénarios communs et de mobiliser toutes les parties prenantes sur les enjeux de planification.

La capacité à prendre de la hauteur ainsi que le renforcement de la vision stratégique des directeurs logistiques sont indispensables pour anticiper et structurer durablement les transformations des réseaux de distribution et des entrepôts. Les capacités de conviction sont désormais de mises pour parvenir à justifier auprès d’un directeur financier d’investissements en entrepôts d’un montant de plusieurs dizaines de millions d’euros.

Vers une plus grande segmentation des métiers de la Supply Chain

89% de candidats et 72% des recruteurs, estiment que les postes en Supply Chain sont davantage segmentés que par le passé.

Emploi Supply Chain, Transport et Logistique, Fed Supply, 2018

La tendance à la segmentation des postes est particulièrement visible dans les grandes entreprises dont la croissance de l’activité requiert une plus grande répartition des responsabilités, garante de l’efficacité opérationnelle. Cette segmentation favorise également la mobilité interne, ouvrant de nouvelles opportunités professionnelles aux collaborateurs déjà en poste dans l’entreprise.

La Supply Chain, nouvelle voie d’accès au Top Management

La fonction Supply Chain rattrappe progressivement son retard en termes de politiques de gestion des talents. Les acteurs de la Supply Chain et leurs partenaires RH ont pris conscience de l’importance de la fidélisation et de l’accompagnement des collaborateurs au sein d’une filière-clé de l’entreprise.

19 % des PDG nommés il y a moins d’un an ont occupé précédemment un poste au sein d’une filière opérations, contre seulement 5 % des PDG nommés il y a plus de 15 ans.

Route to the Top 2019, Heidrick & Struggles

Les directeurs Supply Chain interviennent de plus en plus dans les réflexions autour de la transformation des organisations. Ils sont de plus en plus nombreux à siéger au Comex des entreprises. Une tendance de fond qui pourrait s’accélérer, la crise de la Covid-19 ayant renforcé leur influence au sein des cercles de direction.

Acteurs majeurs du pilotage de la performance des entreprises, les directeurs Supply Chain peuvent désormais prétendre aux postes de PDG, au même titre que les directeurs financiers, marketing ou commerciaux. Leur rôle sera essentiel pour concevoir de nouveaux modèles de croissance et affronter les défis de l’ère post-Covid.

Etienne Page

Auteur Etienne Page

Diplômé de l'Ecole nationale des ponts et chaussées et de l'Université de Cambridge, Etienne est en charge du développement chez SDZ ProcessRéa. Chargé d'enseignement à HEC Paris, ses domaines d'expertise recouvrent la supply chain, le marketing et la stratégie.

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